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Troubles de la Citoyenneté et Malaise Identitaire

3 March 2007 · Pas de commentaire

Troubles de la citoyenneté et malaise identitaire
dans l’Europe d’aujourd’hui.
L’Union européenne ayant marqué un progrès dans son organisation et ses instruments de décision, l’attention des responsables politiques et du public doit se porter sur les vrais problèmes, ceux qui touchent les domaines sensibles des identités. L’indépendance du Kosovo nous incite à cette réflexion.
La conviction des membres du groupe Réveiller l’Europe est que l’on ne parviendra à « faire aimer l’Europe » que par l’action, par des programmes stimulant la réalisation d’un certain nombre d’objectifs concrets, compris par la population et exécutés dans leurs détails de mise en œuvre par une Société Civile mobilisée psychologiquement.
Mais cette vision aura peu de chances de succès si persiste dans les esprits l’incompréhension devant la mutation en cours de développement de nos environnements structurels et culturels et si la base fondatrice du rassemblement européen « l’union dans la diversité » n’est pas respectée. Cette crainte s’exprime d’une manière récurrente en diverses périodes et différents lieux. Contentons-nous de traiter ici l’une de ses composantes critiques à savoir l’état de confusion des esprits à l’égard de la notion de citoyenneté, qui retentit profondément sur le sentiment de l’identité personnelle et de l’identité sociale.

La citoyenneté dans la civilisation des États-nations

L’Homme du début du XXe siècle se recevait comme un « citoyen » du pays où il était né ou qu’il avait choisi par immigration. Il savait qu’à l’intérieur du cocon national, il avait des droits et des devoirs et il se sentait lié par des sentiments forts de solidarités qui ont été jusqu’au sacrifice de sa vie dans les guerres. La nation – on disait plutôt la « patrie » - était exigeante mais elle traitait toutes les questions de relations de puissance et aussi de recherche de confort, liées à la vie intérieure et aux échanges avec le voisinage. Les frontières étaient sous contrôle. Elles protégeaient par une perméabilité « régulée » contre les excès de la circulation des personnes, des biens, des idées et de l’argent. Il s’entendait que, dans la concurrence internationale mais aussi les influences culturelles, les particularismes religieux, les connaissances scientifiques ou les aptitudes artistiques, chaque nation avait ses caractéristiques propres, le facteur le plus distinctif étant la langue maternelle. À l’intérieur de ce système humain, les personnes avaient le sentiment d’être en proximité, solidaires et il leur était naturel de respecter certains devoirs. Un pouvoir de référence s’exprimait au niveau de l’État qui n’était pas sans rappeler l’ancestral pouvoir paternel dans une famille.

La citoyenneté dans la civilisation des réseaux

Avec le XXIe siècle, la situation change du tout au tout lorsque les progrès de la communication viennent abaisser les frontières sans qu’il soit possible – et de loin – de réguler les flux d’échanges tant dans les domaines de la connaissance des idées, des services et de l’argent que dans celui de la circulation des personnes et des biens. Le cocon protecteur est percé. Les contrôles civilisationnels des évolutions socio-économiques mais aussi culturelles et artistiques deviennent impossibles. Les héritages ancestraux des mœurs et de la spiritualité sont bousculés. La concurrence pour la production et la diffusion des biens et des services devient mondiale. La science et ses applications stimulées par la multiplication des sources s’affirment comme des instruments de mutation dont il serait stupide de s’isoler tant ils contribuent à accroître les sources des pouvoirs et le confort de vie, non sans poser – bien entendu, le contraire eût été surprenant – de nouveaux problèmes.
La notion d’État protecteur s’efface et le concept de citoyenneté doit être revu dans l’abandon d’une grande partie de l’activité des filtres que constituent les frontières.

Le « citoyen européen » dans la crise actuelle.

Un européen du XXIe siècle est un citoyen du monde lorsqu’il considère ses responsabilités au regard de grands phénomènes dont le réchauffement climatique est un exemple emblématique. Il est un citoyen européen lorsqu’il applique les directives des instruments de l’Union européenne. Il se situe néanmoins - le plus souvent fortement – comme un citoyen de sa nation d’origine. Il regarde où se trouvent les sources de pouvoir : la monnaie et la défense. Il voit la politique monétaire attachée à l’euro dont les acteurs ne coïncident pas avec la composition des États membres de l’Union européenne. Quant à la Défense, il constate que son indépendance est limitée par la présence de l’OTAN et l’attachement de certains Européens à la protection américaine.
Troublés par cette multiplicité d’appartenances qu’ils hiérarchisent difficilement nos contemporains tendent à se retourner vers une citoyenneté régionale faite de traditions et de coutumes locales au point d’aller parfois jusqu’à la revendication d’une autonomie politique reconnue.
Il est clair que nos « compatriotes » européens sont, pour beaucoup d’entre eux, perdus aujourd’hui dans cette complexité des citoyennetés. Ils restent attachés à la simplification que donnait la seule considération du lien national car ils ne sont pas pénétrés par l’idée que les questions cruciales sont dominées par leur dimension planétaire et que, sauf rares exceptions, aucune d’entre elles ne trouvera de solution à l’échelle d’un État isolé.
L’Union européenne a donc besoin d’une forte assistance pédagogique pour faire comprendre à ses ressortissants les mutations qui sont intervenues dans l’humanité. C’est pourquoi il est tellement nécessaire que les responsables politiques travaillent dans deux directions complémentaires. Il faut d’une part examiner, avant toute formulation des modalités d’exécution, dans quelle mesure les décisions et leurs formes d’application vont violer les diversités culturelles, et, si nécessaire, y remédier par toutes les mesures possibles et, d’autre part, mettre en œuvre une stratégie de symboles, de signes, d’hymnes, de drapeaux, de fêtes, de dialogues intercommunautaires à l’image de ce que propose R. Toulemon dans son ouvrage « Aimer l’Europe » afin de rendre populaire le recours à l’Union.
Les Français souhaitent particulièrement retrouver une autorité « paternelle » voire « régalienne » des responsables politiques dont ils attendent qu’ils se comportent comme des prophètes par leur vision de l’avenir est comme des bergers pour orienter les troupeaux vers les verts pâturages…

Les politiques ne peuvent pas être seuls les tuteurs…

Ce souhait n’est pas de mauvais aloi mais il est aujourd’hui de beaucoup insuffisant. Ils doivent réfléchir à leurs responsabilités et à leurs engagements personnels. Chacun doit l’admettre, faire un effort pour discerner son rôle et apporter sa contribution au changement qu’exige l’adaptation au monde en émergence. Les responsables politiques ne peuvent pas être seuls les tuteurs de cette mutation. Quant aux institutions régionales ou internationales elles travailleront, elles aussi, dans le vide si elles ne sont pas soutenues par une opinion publique déterminée à trouver les voies du changement.
La solution de la crise actuelle de civilisation est en partage avec tous les vivants. Chacun d’entre les hommes d’aujourd’hui doit ressentir le poids de cette responsabilité. N’attendons pas de miracle de nos dirigeants : ils sont limités par l’extraordinaire complexité des phénomènes socio-économiques devant lesquels ils ne sont pas tellement mieux armés que ne l’étaient les médecins de Molière devant leurs patients et ils ne pourront rien faire sans un consensus général sur la nécessité de naviguer en harmonie avec le « fleuve de l’évolution ».
Le principe de citoyenneté reste entier comme fondation de la solidarité sociale dans l’économie mondialisée mais il a besoin d’être travaillé, réexprimé, admis sous une nouvelle forme par nos contemporains.
L’Union européenne dans son ensemble est responsable de la conduite de cette pédagogie.

Dans l’expression de ces particularismes, les langues jouent un rôle décisif. C’est pourquoi le problème linguistique de l’Union européenne en formation devrait être traité prioritairement dans le sens d’une Europe des polyglottes pris en charge par les personnes et par « l’informatique linguistique ».
Notamment mutations technologiques, organisationnelles et morales, mutations de paradigme et des schémas logiques qui construisent la pensée, particulièrement en socio-économie, mutations des risques quantitatifs et qualitatifs.

Catégorie(s) : l'Europe et ses Citoyens

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