par A.D.
Dans l’évolution souhaitée vers un Développement Durable assuré de sa stabilité dans ses structures et ses objectifs certaines spécialités sollicitent des soins particuliers comme conformes aux spécificités des activités humaines dépourvues de nuisances sur l’environnement naturel et créatrices potentielles de nombreux emplois stables.
L’éducation
Cette question est traitée dans le chapitre 11 du livre « Et si on inversait les pôles ? quand notre Europe se réveillera ». Il est proposé une repensée des systèmes éducatifs pour les adapter aux problèmes que rencontre l’humanité au XXIe siècle. Cette réforme commencerait par l’éradication du scandale de l’illettrisme. Comprenant l’acquisition de la connaissance comme un effort qui se poursuivra tout au long de la vie, elle étendrait les programmes à l’étude des sciences contemporaines de l’information, de la complexité et de l’économie, en donnant aux Universités la mission d’une formation « par la recherche » complémentairement à leur mission des connaissances théoriques. Elle construirait une Europe des polyglottes par la réforme des activités en linguistique, consoliderait la pacification des relations intra européennes par l’instauration d’un service civique européen, et réintroduirait dans la formation continue des personnes les connaissances issues des études de prospective à moyen terme conduites par une cellule de synthèse de projections sur l’avenir.
Le Développement Durable sera hors d’atteinte si ces objectifs de la métamorphose des systèmes éducatifs ne sont pas remplis. Il faut noter que cette croissance des moyens éducatifs est exempte de toute nuisance vis-à -vis des relations Homme-Nature. Il conviendrait que l’Europe reprenne la tête du mouvement de perfectionnement dans ce domaine. Elle n’y parviendra qu’avec l’accord des enseignants, des parents d’élèves et des employeurs. Cette croissance appelle une repensée des formules de financement et de la responsabilisation des familles et des entreprises. Elle devrait être une occasion de retour vers le bon fonctionnement de ce que l’on désignait autrefois sous le terme d’ascenseur social, ce qui implique le réexamen des disciplines de sélection.
La santé
L’éradication des maladies aiguës par l’hygiène, les antibiotiques et la chirurgie a pour effet un accroissement considérable de la longévité humaine. Dans l’âge mûr et surtout dans la vieillesse se développent les maladies chroniques. Les techniques de santé, la prévention, la guérison ou la réduction des handicaps ne peuvent que connaître au fil des temps une demande de croissance des effectifs de soignants et d’équipements médicaux. Ce domaine est, au premier chef, celui du confort qu’il faut impérativement préserver et améliorer. Le financement par les systèmes de redistribution sociale doit tenir compte de la nécessité de maintenir à un haut niveau l’alimentation en moyens de la recherche sur les sciences de la vie. Il faut donc repenser les mécanismes actuels de financement car les décisions simplistes d’économies sur les médicaments (usage des génériques) handicapent le financement de la recherche médicale et pharmaceutique. En effet ce que l’on paye en achetant un médicament, est attribué majoritairement à l’amortissement des frais de recherche, le prix de reproduction d’une molécule connue étant faible par rapport aux dépenses faites en amont pour découvrir et garantir l’efficacité thérapeutique du médicament.
Le territoire de la santé est un domaine de croissance des activités de l’emploi caractéristique du stade « homo informaticus ». La responsabilité de tous doit être engagée dans le perfectionnement des équilibres de financement. Ce perfectionnement ne peut pas se réduire à des mesures malthusiennes sur les soins.
L’étude de ce problème – fondamental au titre de l’économie et en même temps, du confort humain – devrait être porté au niveau européen. Les personnes âgées devraient admettre qu’une partie prioritaire des ressources apportées par leur retraite sera consacrée à leurs dépenses de santé et n’ont pas tout à attendre des redistributions.
Les industries culturelles
La culture, élément fondamental caractéristique de chaque ethnie, de chaque civilisation n’est pas en soi une industrie mais ses instruments au cours du XXe siècle ont bénéficié d’un prodigieux développement promis à se poursuivre intensément. Leurs productions et leurs usages ont fait naître de nouvelles industries : l’écrit, le son, l’image, le traitement de l’information disposent d’extraordinaires moyens d’élaboration, de numérisation et de transmission. En amont : échange d’informations, productions artistiques (littérature, concerts, spectacles cinématographiques et télévisuels) et banques de données. Au centre : instruments d’édition et de production. En aval : diffusion vers des systèmes de réception individuels, familiaux et de masse. L’ensemble est en pleine croissance, fondamentalement au service d’activités de nature immatérielle, créateur d’emplois. Il mobilise les « internautes » et contribue à promouvoir la « civilisation des réseaux ». Écologiquement correcte, cette activité n’est pas sans poser des problèmes sociologiques dans la mesure où le contrôle des mass medias devient un centre de pouvoir capable de rivaliser avec le pouvoir politique des Etats et dans la mesure où le meilleur, l’éducatif et l’artistique côtoie le pire, la banalisation des différentes formes de violence. Les industries culturelles influencent les identités ethniques et nationales. Elles sont très inégalement actives selon les territoires géographiques. Elles soulèvent de nombreux problèmes non réglés, résumés parfois sous le terme « d’exceptions culturelles ».
La connaissance, les arts et les lettres et leurs pratiques
Il va de soi que toutes les activités des domaines de l’intelligence, des arts et des lettres peuvent connaître une croissance illimitée au regard du développement durable. Leur développement est lié à celui des industries des instruments culturels qui apportent d’importants moyens de financement auquel contribue aussi le secteur de la publicité.
À signaler particulièrement les apports structurels et financiers fournis par les associations sans but lucratif. Importante pour l’Europe, en particulier, serait la croissance des interventions de mécénat, créatrices d’emplois, soutenues par des incitations fiscales adéquates. Très utiles seraient, en ces temps de mutation sociétale, les travaux d’études exécutées par des groupes de réflexions indépendants, tels que, à titre d’exemple, l’Institut Montaigne ou l’Association Futuribles.
Les services partagés
Des économies notables de ressources matérielles pourraient être réalisées sans diminution de confort pour les usagers si certains investissements pouvaient être utilisés sous la forme de services partagés au lieu d’être rattachés à la propriété personnelle de nos contemporains. Les déplacements offrent un exemple d’application par l’amélioration des réseaux de transports collectifs (fréquences, destination, coût du voyage, etc.), l’extension du covoiturage, la location d’engins (« Vélib », auto services, etc.) ; les séjours de vacances en campagne, montagne, bord de mer par l’utilisation en copropriété des locaux et l’accueil par les autochtones.
Le tourisme fait partie de cette manière d’occuper agréablement les loisirs. Sa croissance est cohérente avec le développement du désir de connaître ce qui est étranger à la vie courante. Elle s’appuiera, pour l’utile du développement culturel, sur la multiplication des musées, des festivals, des manifestations folkloriques et artistiques, des organisations de voyages d’études, de prises de contact avec les lieux de haute spiritualité qu’animent les responsables des diverses religions.
Les développements des clubs spécialisés dans les activités sportives ou intellectuelles ou artistiques répondent à des désirs d’amélioration de la santé physique et psychique. Ils contribuent à la construction de la personne humaine en attirant et en cultivant son attention sur d’autres sujets que ceux rencontrés dans la vie quotidienne et dans la concentration sur les problèmes professionnels.
Les services partagés, sous réserve d’une certaine discipline (qualité du tourisme) offre à l’homo informaticus d’importants domaines de croissance compatibles avec le développement durable. Une « civilisation des services » appelle une repensée des conditions de continuité et de sécurité de la disponibilité des facilités accordées aux usagers, en particulier la révision des modalités selon laquelle peuvent éventuellement, se manifester le droit de grève des personnels spécialisés. En aucun cas n’est moralement justifié la prise d’otages des usagers par la cessation du fonctionnement des services qui par l’extension de leurs activités deviennent des instruments indispensables au bon fonctionnement de la société.
Les services à la personne
Le travail féminin nécessite de confier à d’autres personnes les soins du ménage, la garde des enfants et le suivi de leur éducation. La solitude et les inaptitudes des personnes âgées, les situations créées par les foyers recomposés conduisent à la nécessité que des personnes convenablement formées apportent l’aide de leur travail à l’exercice courant de la vie. Comme l’a montré l’économiste Michel Godet, il y a là un gisement très important d’emplois qui débordent vers l’entretien des locaux d’habitation, des appareils ménagers et des jardins. Ces emplois sont liés à la proximité géographique et sont protégés contre tout danger de délocalisation. La civilisation de l’homo informaticus appelle leur croissance.
Par la complexité des systèmes d’administration publique, des droits et des devoirs, des interventions de sécurité pour la protection contre les violences ou pour procurer par les assurances des moyens financiers en cas d’accident de santé ou d’empêchement divers, par la croissance constante du juridique dans les relations d’intérêt, par les appels au système bancaire pour la gestion de l’épargne et les financements, par les emprunts, une masse notable des emplois tertiaires sont dévolues à des traitements d’information. La mécanisation et la scientisation de l’agriculture ayant vidé les champs, les robots ayant remplacé les hommes pour les travaux musculaires, la main-d’œuvre a émigré vers les bureaux. Tous ces mouvements sont caractéristiques de la nouvelle civilisation de l’immatériel dans laquelle nous sommes entrés. Leurs croissances sont bénéfiques pour les équilibres de l’emploi ; elle doit être suivie et encadrée par les appareils de l’État en en confiant l’organisation et la surveillance à des organismes responsables, fonctionnant dans le cadre compétitif du marché non lucratif des associations selon la loi de 1905 ;
Les associations sans but lucratif
Il importe de soutenir le développement du système associatif qui, à titre d’exemple, comptait en France en 2005, 700 000 centres actifs auquel participaient ou apportaient leur obole dix millions de bénévoles. Leurs buts sont très généralement la satisfaction de besoins d’intérêt général, la symbiose d’efforts acceptés par la Société Civile au bénéfice des grands objectifs de la nation dans lequel interviennent des moyens mobilisés par la puissance publique. Ainsi, s’effectue par les transferts de subsidiarité des travaux utiles au profit desquels s’expriment et se mobilisent démocratiquement des forces de solidarité sans que les pouvoirs publics aient la charge de les administrer ni de les financer dans leur totalité.


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